E-Enfance : 3 questions à Beatrice Cooper

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Nous avons posé trois questions à Béatrice Cooper, psychologue spécialisée dans la clinique de l’enfant et l’adolescent.

Béatrice Copper-Royer , Psychologue depuis 1986 spécialisée dans la clinique de l’enfant et de l’adolescent, elle a travaillé de nombreuses années auprès de juge aux affaires matrimoniales aux TGI de Chartres et de Paris ainsi qu’à l’Ecole des Parents et des Educateurs (EPE). Auteur de nombreux ouvrages chez Albin Michel : Comment survivre avec ses peurs ?, Non, tu n’es pas encore un ado ! , Vos enfants ne sont pas des grandes personnes, Lâche un peu ton ordinateur, elle est cofondatrice de l’association e-Enfance.

Bonjour Béatrice, tout d’abord merci d’apporter votre contribution au blog de Préférez un Jeu Responsable.

Au regard de votre expérience en tant que psychologue et en qualité de co-fondatrice de l’association e-Enfance pouvez vous nous expliquer le succès du poker auprès des jeunes et particulièrement des adolescents ?

Le poker est un jeu valorisé en soi et bénéficiant d’une image très « adulte », très virile, très compétitive (bien que certaines femmes soient aujourd’hui des références dans ce milieu).

Des personnalités, hommes séduisants et ayant une image masculine forte (comme Patrick Bruel) ont mis en avant leur passion pour ce jeu et sont devenus des « icônes » au yeux des adolescents.

Cela renforce évidemment l’a priori positif qu’ils ont pour le poker. S’ajoute à cela qu’au-delà du jeu de cartes et de sa stratégie, ce jeu valorise aussi la prise de risques, le bluff, or les adolescents ont le goût du risque et voient dans le poker un moyen de s’y confronter.

Cela renvoie les jeunes à un fantasme de toute puissance (présent depuis la petite enfance) qui est assez malmené à l’adolescence. Au poker, ils peuvent jouer à faire semblant, le mensonge est même valorisé. C’est à celui qui mentira le mieux pour gagner. La fin justifie les moyens.

Compte tenu des ces éléments et de l’engouement indéniable dont le poker fait preuve  faut-il interdire la pratique du poker aux adolescents ?

On sait que à l’adolescence les interdits renforcent plutôt l’envie… le goût de la transgression est fort, or les adolescents n’ont plus grand chose aujourd’hui à transgresser puisque notre société est quand même assez tolérante (par rapport à la sexualité par exemple).

Les rares interdits forts concernant les mineurs (pornographie, conduite, alcool…), dont font partie les jeux d’argent, restent un enjeu de transgression qui marque l’entrée dans le monde des adultes.

En clair, interdire sans en parler reviendrait à renforcer l’intérêt sans apporter de réels conseils. En outre être interdit de poker peut représenter un élément discriminant pour un adolescent par rapport à sa communauté d’amis si elle même pratique. Il est donc essentiel de parler librement, d’en expliquer les mécanismes et donner aux adolescents les conseils/outils nécessaire pour ne pas tomber dans les illusions de cette pratique.

Aborder le poker reste un sujet complexe tant l’offre est large et les pratiques variées, quelle est alors la meilleure façon d’en parler à son adolescent ?

Les parents doivent expliquer le contexte général et donner leur point de vue sur les jeux d’argent en général et leur prolongement sur le internet (en distinguant toutefois des jeux dits de casino, les paris et le poker qui reste un jeu de cartes lié à de réelles compétences et où le hasard ne fait pas tout).

Il est essentiel de n’avoir aucune tolérance quand l’adolescent utilise des modes de paiement qui ne lui appartiennent pas en lui expliquant aussi les risques juridiques encourus et de punir alors s’il y a transgression.

Les parents doivent veiller, pour les plus jeunes,  à ce qu’ils n’aient pas accès à internet hors de leur présence. Pour les plus âgés, le contrôle parental activé en mode « adolescent » est configuré pour interdire l’accès aux jeux d’argent et de hasard dans la mesure du possible. Pour les adolescents possédant leur propre ordinateur ou un accès non « surveillé » l’échange et la discussion reste les meilleurs remparts contre une pratique interdite ou non maitrisée.

Le poker peut être pratiqué sans argent, initié en famille, ce qui permet de ne pas le bannir totalement mais d’encadrer sa pratique.

La suite de l’interview le mois prochain sur le thème : Que faire pour venir en aide aux parents désarmés par rapport à un enfant « fan de poker » et consacrant un volume d’heures très important par jour à ce jeu ?

Pour plus d’informations :

Pour poser des questions à des spécialistes enfance appelez Net Ecoute Famille au 0820 200 000

ou adressez un email à : info@e-enfance.org

Plus d’infos sur : www.e-enfance.org


Posté le : 15 déc 2009
Posté dans Poker Responsable |

2 commentaire(s) sur cet article

jan 11, 2010 - 10:01:38
ben dit:

Merci pour cet article intéressant.

{ déc 15, 2009 - 12:12:34 } E-Enfance : 3 questions à Beatrice Cooper